Musée da Silva des arts et de la culture de Porto Novo: A la lumière...
Date: Mardi 27 décembre 2011 à 10:49:30
Sujet: Actualités


Musée da Silva des arts et de la culture de Porto Novo: A la lumière du patrimoine reconstitué de l’esclavage
Mis en service le 2 novembre 1998, le musée da Silva des arts et de la culture de Porto-Novo évoque la vague mémorielle d’une Afrique riche en histoire. Plus qu’un lieu d’histoire, ce musée privé met au grand jour les liens profonds entre le Danxomè et le Brésil. Découverte d’un musée particulier par ses vestiges et son architecture. La mis en valeur de la mémoire et du patrimoine de l’esclavage au profit de la postérité ont renforcé l’ouverture des musées, même privés.


Dans ces musées, on y valorise non seulement la mémoire de la traite négrière et de l’esclavage atlantique, mais principalement les liens avec la diaspora. C’est le cas du musée da Silva des arts et de la culture de Porto Novo. Crée par Urbain-Karim-Elisio da Silva, personnage célèbre de la vie sociale et politique du Bénin, ce musée a pour mission principale de mettre au grand jour certaines non-dits ou contre-vérités sur la famille à laquelle il appartient. En créant donc ce musée des stratégies discursives ont été mises en place sur un processus de recyclage et de bricolage comprenant, entre autres, l’appropriation des objets européens ainsi que de différents types d’images, comme des photographies réalisées à Bahia et au Bénin ou encore des illustrations des relations de voyage françaises au Brésil du XIXe siècle.

Pourquoi ce musée ?
Dans les années 1990, Karim-Urbain-Elisio da Silva a commencé à publiciser l’information d’après laquelle son ancêtre maternel, José Abubakar Paraíso était le leader de la Révolte des Malês. Son livre Le Code Noir publié en 1999 à Porto Novo est dédicacé à "José Aboubaka", le "cerveau" de la fameuse Révolte des Malês, qui a eu lieu à Bahia en 1835. Or, la biographie de José Abubakar Paraíso a aussi suscité beaucoup de controverses parmi des auteurs comme Paul Marty, Pierre Verger, Milton Guran et João José Reis. Toutefois, les quatre auteurs affirment que José Abubakar, qui exerçait le métier de barbier à Bahia, a été acheté par Domingo Martins, commerçant établi à Porto Novo, qui l’aurait ramené au golfe du Bénin en 1850. Cependant, il est loin d’être certain que José Abubakar ait été un leader de la Révolte des Malês, puisque la déportation des esclaves africains et afro-brésiliens affranchis ayant participé à la rébellion ne s’est pas faite vers 1850, mais tout de suite après la révolte, notamment entre les années 1835 et 1836. Même si d’après le récit de Urbain-Karim-Elisio da Silva, il était un descendant de marchand d’esclaves, par la famille de son père, il s’auto-identifie plutôt comme un descendant d’esclave, par le biais de la famille de sa mère, une Paraíso. De là a commencé par germer l’idée de pouvoir traduire cette appréhension des faits en actes. Cet ancien candidat à la présidence de la République du Dahomey en 1968 ne voyait venir à lui qu’une seule idée : créer un musée.

La mise en valeur commença…
Pour mettre en place un musée, il faut d’abord qu’une collection soit constituée. Il s’agit de tout ensemble d’objets naturels ou artificiels maintenus hors du circuit d’activités économiques temporairement ou définitivement, soumis à une protection spéciale dans un lieu clos aménagé à cet effet et exposés au regard. Dans le cas de Urbain-Karim-Elisio da Silva, sa collection privée relève plutôt du patrimoine immatériel que du patrimoine matériel. Certes, il possédait une multitude de disques vinyle, de tourne-disques, des publications françaises illustrées et aussi des portraits de famille. Mais comment pourrait-il faire pour exposer tous ces non-objets si disparates ? Pourquoi n’a-t-il pas créé un musée où c’est le patrimoine immatériel, dont la musique afro-américaine, qui ait été mis en valeur ? Da Silva ne semble pas avoir vu ces alternatives comme étant viables. Il fallait construire un musée selon la tradition occidentale avec des objets palpables ayant une certaine valeur marchande. Dans ce cadre, il a fallu choisir une voie claire, et la filière de l’héritage afro-brésilien et de l’esclavage serait une bonne option. Ainsi, da Silva ne forme pas une collection pour ensuite créer un musée. Le processus s’est fait plutôt de façon inverse : il a acheté d’abord une maison afro-brésilienne qui est devenue le futur musée, il l’a renouvelée et c’est par la suite qu’il s’est apprêté à réunir et à acheter des objets, liés de loin ou de près à la tradition des familles "aguda" de la région. La création du musée da Silva constitue aussi, comme presque tous les musées et collections occidentaux privés, une manière d’immortaliser le nom de son propriétaire. "L’histoire serait livresque sans le témoignage vivant et concret que représente un musée par le rassemblement des objets qui nous parlent et identifient nos prédécesseurs. Autant dire que sans cet apport concret des musées, l’existence de nos aïeuls pour ce qui nous concerne, relèverait des contes des fées, du mythe. Les générations successives finiront par ne plus en avoir que des idées vagues pour ainsi dire une figuration imaginaire, douteuse. C’est la menace que représente une telle possibilité dans nos sociétés fondées sur la tradition orale, qui a amené à l’initiative du même genre en ce qu’il se propose de témoigner…", disait Urbain-Karim-Elisio da Silva lors de l’inauguration du musée le 2 novembre 1998.

Préserver l’histoire et le patrimoine de ses ancêtres ?
Les installations du musée da Silva comprennent une maison afro-brésilienne à deux étages et deux bâtiments annexes, où les collections sont exposées, un restaurant, un petit hôtel comprenant six chambres, une salle de conférences, deux salles polyvalentes, une bibliothèque et un auditorium en plein air. Les origines des objets et des images exposés au musée ne sont pas toujours connues et rarement on y retrouve des textes explicatifs. Les visites sont accompagnées par un guide qui, dans son récit, raconte notamment la biographie du propriétaire du musée. Le guide prend en charge le discours de l’authenticité, en répétant que la maison abritant le musée était celle où da Silva a passé son enfance avec sa famille, même si cela n’est pas vrai. Les différents objets sont exposés selon une logique déterminée par le propriétaire du musée. Dans les salles du rez-de-chaussée, on trouve des masques des fêtes afro-brésiliennes comme la Burrinha et de nombreuses photocopies des portraits des membres de la famille du propriétaire ainsi que de la communauté musulmane de la ville de Porto Novo et du Bénin. Une salle complète est consacrée aux photocopies des portraits de la famille du marchand d’esclaves Francisco Félix de Souza. Au deuxième étage, un salon et des chambres sont aménagés comme dans une "vraie" maison. On y retrouve des meubles en bois, qui supposément ont appartenu à des familles aguda, mais dont on ne connaît pas la provenance exacte. Les murs de la partie arrière de la maison donnant sur une aire ouverte sont couverts par différents types d’images et gravures rappelant l’esclavage et le Brésil. Parmi les gravures, on retrouve celles ayant illustré la relation de voyage Deux Années au Brésil de François-Auguste Biard, publiée chez Hachette à Paris en 1862 ainsi que celles de Jean-Baptiste Debret publiées dans l’album Voyage pittoresque et historique au Brésil paru entre 1834 et 1839, également à Paris. Sur le mur attenant (à côté), un ensemble de photocopies des gravures représentant des divinités du candomblé brésilien, dont plusieurs correspondent aux divinités que l’on retrouve dans le culte yorouba des orishas, partagent l’espace avec une publicité de la compagnie aérienne brésilienne Varig, qui met en valeur les "beautés" du Brésil, dont des plages, des sites touristiques et une "typique" femme brésilienne aux cheveux longs et en bikini. Mises ensemble ces images nous montrent combien l’image touristique du Brésil vendue à l’étranger se situe dans une perspective de continuité par rapport aux représentations européennes du Brésil du XIXe siècle. Ainsi la mémoire fonctionne non seulement par la mise ensemble des fragments disparates, mais elle se traduit également par une vision européenne et notamment française de l’esclavage et du Brésil. Dans une salle du musée, inaugurée récemment dans l’un des bâtiments annexes, on retrouve des photocopies des photographies que Pierre Verger a réalisées au Brésil et au Bénin, dont plusieurs ont été reproduites dans Flux et reflux de la traite des nègres entre le golfe de Bénim et Bahia de todos os santos du XVIIe au XIXe siècle. Par ailleurs, il est important de rappeler que ces mêmes gravures en version couleur des "orishas", ainsi que celles de Verger, sont aussi exposées au mémorial de la famille de Souza à Ouidah et au Musée d’histoire de Ouidah. Toute une histoire, toute une culture, toute la fierté d’une communauté : le musée da Silva des arts et de la culture de Porto Novo.

Modeste TOFFOHOSSOU
Journal FRATERNITE  27/12/11





Cet article provient de Le Cyber Journal l'araignée
http://www.laraignee.org

L'URL de cet article est:
http://www.laraignee.org/modules.php?name=News&file=article&sid=11682